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Dernière mise à jour le 22 juillet 2004

 

 

 

 

 

FEUILLETON LITTÉRAIRE

ÉRIC EIGENMANN
La Parole empruntée, L'Arche, 1996 - entretien.

 

Le Théâtre de la parole

Éric Eigenmann n'est pas un inconnu pour les lecteurs de SCENES Magazine auquel il a longtemps collaboré. Maître-assistant à l'Université de Genève, passionné de théâtre, il publie, ces jours-ci, La Parole empruntée, un essai important sur le théâtre de Nathalie Sarraute, Robert Pinget et Michel Vinaver et met en scène, pour la première fois, une pièce contemporaine avec ses étudiants de l'Université. Rencontre.

Malgré l'intérêt qu'il suscite auprès d'un public de plus en plus nombreux, le théâtre d'aujourd'hui est encore peu étudié. Pourtant, il y a là matière à réflexion, à découverte, à interrogation. En groupant trois auteurs particulièrement réfractaires (Sarraute, Pinget et Vinaver), dont il ausculte l'œuvre avec patience et pertinence, Éric Eigenmann dégage certaines constantes du théâtre contemporain : refus de la psychologie des personnages, fascination pour toutes les formes d'énonciation collective ou de mémoire verbale (lieux commus, proverbes, stéréotypes, etc.) et impossibilité, par conséquent, d'une parole pleine et singulière.

En montrant l'importance, dans les trois œuvres qu'il étudie, de la citationnalité, Eigenmann montre combien le personnage de théâtre, aujourd'hui, tend à n'être plus qu'un " porte-parole plus ou moins ressassant ", condamné à débiter un texte qui, dans une large mesure, ne lui appartient pas.

Cette parole empruntée, c'est d'abord celle du théâtre, débiteur d'une voix anonyme (qui lui souffle ses mots sans jamais se faire connaître) et constamment au bord du vide (à cours d'inspiration) – mais aussi, plus largement, celle de la littérature d'aujourd'hui.

À travers l'œuvre de Nathalie Sarraute, de Robert Pinget et de Michel Vinaver (dont il n'efface jamais les différences), Eigenmann débouche sur un constat troublant : " la difficulté – sinon l'impossibilité – d'être jamais, en tant qu'individu, l'auteur de son discours. "

Ce constat, pourtant, n'a rien de négatif : il constitue le fond de notre identité et la nécessité, pour tous les sujets " parlants ", d'emprunter le langage, comme on emprunte, chaque jour, les transports en commun.

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